Traduction et éco-urbanisme : comment traduire les nouveaux mots de la ville durable ?
Comment traduire les nouveaux mots de la ville durable ?
C’est autour de cette question que s’est construite la mission scientifique menée à Turku (Finlande) par Pascale Elbaz, enseignante-chercheuse, dans le cadre du réseau européen ENEOLI. Pendant deux jours, des étudiants en traduction ont exploré un défi très concret : comprendre, analyser et traduire le vocabulaire émergent de l’écourbanisme.
Quand la traduction rencontre l’écologie urbaine : retour sur une mission à Turku
Une immersion internationale au cœur de la traduction spécialisée
Du 23 au 26 février 2026, cette mission scientifique s’est déroulée à l’université de Turku, au sein du programme de 2nd cycle en études de traduction.
L’objectif : plonger les étudiants dans une situation professionnelle simulée, en les faisant travailler pour un cabinet d’architecture franco-finlandais engagé dans des projets d’écourbanisme.
Pendant cet atelier intensif de 7 heures, 18 étudiants ont collaboré en finnois, en anglais et en français pour répondre à une problématique bien réelle : comment traduire avec précision des concepts récents liés à la nature en ville ?
Traduire la ville durable : un défi linguistique et culturel
Les étudiants se sont appuyés sur un corpus français dédié à la “nature en ville”, intégrant des notions comme :
- renaturation
- îlots de chaleur
- corridors verts
- ou encore “arbres de pluie”
Très vite, un constat s’impose : les mots ne recouvrent pas toujours les mêmes réalités selon les pays.
Par exemple :
- en France, les “corridors verts” sont souvent pensés pour la biodiversité urbaine.
- en Finlande, ils prennent une dimension différente, servant notamment de passage pour de grands animaux comme… les élans
Autre surprise : les espaces verts peuvent inclure… les cimetières, valorisés pour leur calme et leur richesse arborée.
Ces écarts montrent à quel point traduire, ce n’est pas seulement transposer des mots, mais aussi des visions du monde.
Des outils professionnels pour une approche concrète
Pour mener à bien leur mission, les étudiants ont utilisé des outils de pointe :
- Zotero, pour constituer un corpus multilingue structuré
- SketchEngine, pour analyser les occurrences et usages des termes
- des bases terminologiques internationales comme IATE ou TERMIUM
En groupe, ils ont :
- exploré des ressources locales
- extrait des néologismes
- comparer les équivalents entre langues
L’objectif : développer une approche rigoureuse et critique de la terminologie.
Un projet concret : créer un glossaire trilingue
À l’issue de l’atelier, chaque groupe a contribué à la création d’un glossaire trilingue (français – anglais – finnois).
Ce travail collaboratif portait sur 16 concepts clés de l’écourbanisme et incluait :
- les termes et leurs variantes
- leurs définitions ou contextes
- leurs sources
Un outil directement applicable dans des situations professionnelles de traduction spécialisée.
Une pédagogie entre théorie et pratique
Ce projet s’inscrit pleinement dans les travaux du réseau ENEOLI, qui vise à mieux comprendre et enseigner la néologie.
Il permet aux étudiants de :
- relier concepts théoriques et cas concrets
- développer des compétences recherchées (analyse, rigueur, adaptation)
- appréhender les enjeux interculturels de la langue
Une expérience complète, à la croisée de la recherche, de la pédagogie et du monde professionnel.
Et après ?
Cette mission ne s’arrête pas là. Plusieurs perspectives sont déjà en cours :
- la rédaction d’un article scientifique en collaboration avec les partenaires finlandais
- une présentation du projet lors d’une conférence internationale à Vancouver en 2027
De quoi prolonger la réflexion sur les liens entre langue, innovation et transition écologique.
À travers cette expérience, une idée clé se dégage : les mots évoluent avec les enjeux de société — et la traduction joue un rôle central pour les accompagner.
Former les étudiants à ces mutations, c’est leur donner les clés pour comprendre le monde… et y contribuer.